Copyright photo : Thibaut Demeyer

Arrivé à Cannes en 1992 avec “Reservoir Dogs”, Quentin Tarantino devait se battre chaque jour pour entrer en projection. Il le fera même physiquement le soir où était projeté à « La Semaine de la Critique » « C’est arrivé près de chez vous » de et avec Benoît Poelvoorde. Une anecdote racontée par Quentin lui-même.

Deux ans plus tard, dans la cohue et sous les coups de sifflets, il décroche la Palme d’or pour « Pulp Fiction » aujourd’hui devenu culte et même adoré par celles et ceux qui avaient sifflé le choix du jury emmené par Clint Eastwood. Anecdote que j’ai vécue personnellement.

Entre-temps, Cannes et Quentin, c’est une belle histoire d’amour, avec quelques beaux et grands moments de projections. Je pense notamment à « Kill Bill I et II » mais aussi à « Inglourious Basterds ». Toutefois, il ne faut pas oublier une chose, Quentin Tarantino est un réalisateur... pas un dieu ! Il a donc droit à l’erreur. Ce que d’aucun comprend car non, ce n’est pas parce que c’est un Tarantino que c’est obligatoirement bon. La preuve : « Once Upon a Time… in Hollywood ».

Je suis peut-être fou d’oser dire que la dernière œuvre de Tarantino n’est qu’une œuvre et pas un chef d’œuvre. Tant pis, j’assume. J’assume au même titre qu’en 1994, j’avais dit que « Pulp Fiction » était un bijou ; on m’avait traité de fou.

Honnêtement, vous qui me lisez en ce moment, connaissiez-vous le réalisateur Sergio Corbucci ? Si tel est le cas, alors allez voir le film, vous serez nettement moins perdu que le public de moins de 40 ans qui n’a aucune référence cinématographique. Car c’est là que le bât blesse dans « Once Upon a Time... in Hollywood », le film est truffé de références cinématographiques comme si Quentin voulait étaler sa culture. Or, à l’issue de la projection, j’ai demandé à mes confrères s’ils avaient repéré l’hommage rendu à Clint Eastwood. La plupart n’avaient rien vu. Le second point, c’est qu’il ne s’y passe rien ou presque rien. Et trois heures dans ces conditions, c’est trop long. Si le début nous fait croire que l’on va passer, une fois encore, un excellent moment, on déchante très rapidement.

Le film démarrait pourtant bien. Filmés en noir et blanc et format 4 : 3 Rick Dalton et Cliff Booth répondaient à une interview télévisée. L’ambiance de l’époque était bien rendue. Puis, il y a cette scène dans un restaurant entre Léonardo DiCaprio et Al Pacino. Egalement excellente. Soudainement, le film change de rythme et de ton. Les cadrages ne sont plus les mêmes, le montage est moins incisif, moins percutant. On commence alors à s’ennuyer, surtout à partir du moment où Léonardo DiCaprio joue les « méchants » pour un film de série B. La scène se veut marrante avec cette gamine d’à peine huit ans qui semble en remontrer au « célèbre » Rick Dalton en pleine interrogation sur sa vie et sa carrière. Mais la sauce ne prend pas et notre ennui repart de plus belle.

Au début de l'année 1969, la star des feuilletons télévisés Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) connait la gloire avec « Chasseur de primes » et Cliff Booth (Brad Pitt), sa doublure de longue date et son très fidèle ami, tentent de poursuivre leurs carrières défaillantes au sein d'une industrie qu'ils ne reconnaissent plus. Mais cela ne les empêche pas de continuer à faire la fête en compagnie de starlettes, de cocktails en tous genres, y compris à base de substances illicites. C’est aussi à cette époque que Rick Dalton va apprendre qu’un jeune réalisateur, déjà reconnu grâce à son film « Rosemary’s baby », vient s’installer dans la villa d’à côté en compagnie de son épouse Sharon Tate enceinte et dont l’accouchement est prévu en été. Cette information qui paraît anecdotique, n’en est rien en définitive. Bien au contraire car Quentin Tarantino aime réinventer l’histoire qu’elle soit avec un grand « H » comme dans « Inglourious Basterds » ou qu’elle vienne d’Hollywood.

C’est dommage que le 10è film de ce réalisateur, qui marque toutefois l’histoire du cinéma, ne soit pas à la hauteur de nos espérances. On aurait tant voulu assister à un évènement majeur et crier au génie avec sincérité.

Thibaut Demeyer