Ce soir, c’est un moment important. Ken Loach, déjà deux fois Palme d’or (2006 pour « Le Vent se lève » et 2016 pour « Moi, Daniel Blake ») va tenter une troisième Palme d’or, ce qui ferait de lui le réalisateur le plus important du monde. Avec « Sorry, we missed you », il ne change pas de registre, il nous présente une nouvelle œuvre sociale et actuelle. L’histoire est celle d’un couple qui semble heureux. L’épouse travaille comme aide-soignante. Lui travaille dur à travers de petits boulots qui ne paient pas très bien. Un jour, Ricky a une opportunité grâce au nouveau monde lié à la révolution numérique : devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais les dérives de ce nouveau monde moderne auront des répercussions majeures sur toute la famille.

Je ne suis pas fan de tous les films de Ken Loach et en particulier de « Moi, Daniel Blake » qui, à mon sens et je ne suis pas la seule, ne mérite pas une Palme d’or. D’ailleurs, lors de la conférence de presse des lauréats, bon nombre de journalistes l’ont sifflé lorsqu’il est arrivé en salle. Mais bon, je reste quand même curieuse et ouverte. Je ne demande qu’à être agréablement surprise. « Sorry, we missed you » pourrait une fois encore se retrouver au Palmarès. Le sujet est d’actualité, il est traité sur un ton à la fois grave et humoristique. Le film a une vraie morale et un vrai sentiment humain.

Brigitte LEPAGE

« Mes amis, retenez bien ceci. Il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais agriculteurs. Victor Hugo. » C’est par cette citation que se termine le film de Ladj Ly intitulé « Les Misérables ». Une œuvre qui va crescendo pour terminer par vous donner des frissons dans le dos.

Les banlieues dans le cinéma français, c’est un peu un effet de mode depuis le succès, il y a 25 ans, de Matthieu Kassovitz avec « La Haine ». On pourrait effectivement penser cela. Mais pris sous un autre angle, on peut aussi dire que rien n’a changé depuis 25 ans et que forcément, les cinéastes continuent à attirer notre attention sur cet épineux problème. Le plus dur pour celles et ceux qui souhaitent traiter du sujet, c’est de ne pas tomber dans le cliché. Et ce n’est pas gagné d’avance.

Tout commence par une France en folie, les drapeaux bleu blanc rouge flottent partout sur les Champs Elysées. La Marseille est chantée à tue-tête, il n’y a que des français, plus de black, plus de beur, tous unis dans la victoire d’une nation championne du monde du ballon rond. Plan suivant, le ton change. Trois flics de la BAC (Brigade anti came) sont dans une voiture. Le troisième est une nouvelle recrue. Son supérieur hiérarchique le briefe sur leur façon de travailler avant d’arriver au bureau et d’être à nouveau briefer mais cette fois par Madame le Capitaine. On a du mal à croire que ces gars ont le niveau BAC !

Face à eux, il y a les habitants de la Cité avec leur code de bonnes ou mauvaises conduites et un intérêt commun : se tenir à carreau parce que la BAC veille. Tout semble rouler paisiblement dans la Cité. Chacun a son petit trafic et tout le monde est content si ce n’est Chris, le chef de la BAC qui est plutôt du genre excité et frimeur et jamais contre une petite embrouille histoire de rappeler que la loi c’est lui. Tout cela n’a rien de bien méchant même si Stéphane, alias Peno la nouvelle recrue, trouve que par moment ses coéquipiers dépassent la ligne blanche. Mais que dire ? Que faire si ce n’est d’observer. Sauf qu’un jour, Gwada, le troisième flic de la bande, commet une bévue sur un enfant de moins de 15 ans. Une bévue que l’on pourrait maquiller sans trop de problème. Mais le hic c’est qu’un gamin de la banlieue, via son drone, a filmé l’incident. Et c’est là que la situation finit par tourner en cacahuète.

La difficulté pour Ladj Ly à raconter cette histoire, c’est de ne pas tomber dans les clichés des banlieues mais plutôt à nous interpeller sur la nature humaine. Celle où, quel que soit le côté de la barrière, il y a des bons et des méchants. Que les méchants ne l’étaient peut-être pas avant mais qu’un événement auquel ils ont été confrontés a changé leur nature humaine. Dans le cas de « Les Misérables », c’est le petit Issa qui sera à la fois victime et bourreau car même jeune, on a droit au respect et à sa dignité.

« Les Misérables » bénéficie d’une mise en scène remarquable mais aussi de messages porteurs qui incitent le spectateur à se poser des questions, mais de bonnes questions sans pour autant juger les uns ou les autres.

Thibaut Demeyer

Depuis 2012, les distributeurs ont pris pour habitude de sortir simultanément en salles certains de leurs films sélectionnés à Cannes, ceci leur donnant une réelle existence auprès du public, surtout que ceux-ci font partie de la compétition officielle cannoise. C’est dire l’importance mise dans l’investissement culturel issu d’un Festival comme Cannes que l’on catégorise souvent trop injustement de pointu ou inaccessible.

Il en est de même du film d’ouverture de Jim Jarmusch « The dead don’t die » surfant sur les retombées de la presse mondiale. Rencontre avec le maître d’œuvre et une partie de ses équipiers.

Pour situer Jarmusch, comme l’a si bien fait Bill Murray, il vit dans un monde noir et blanc, d’ombres, de jours et de nuits ; c’est sans aucun doute une des raisons pour laquelle Jarmusch préfère faire un film sans effusion de sang, remplaçant celui-ci par de la poussière noire pour arriver à une comédie horrifique où les zombies sont chargés de métaphores. Néanmoins, les références sont bien présentes puisque le genre appartient à l’individu au travers de « La nuit des morts vivants » de Romero, les « Dracula » ou les œuvres de Carpenter ou Raimi, se défendant d’être quelque part plutôt « vampires » malgré tout.

Brigitte Lepage

Copyright photos : Thibaut Demeyer

Rendez-vous avec le cinéma français et son premier film en compétition pour cette édition. Il s’agit de « Les Misérables » de Ladj LY. Je suis sur le cul après la projection de cette œuvre à l’arrière-goût de « La Haine » présenté en 1995 ici-même par Matthieu Kassovitz, alors jeune réalisateur, qui par la même occasion, avait décroché le prix du jury. Cette œuvre poignante qui ne juge ni les jeunes des banlieues ni les flics est poignant et captivant. On peut d’ores et déjà pensé à un prix pour autant que le jury comprenne le sens de l’œuvre car il faut bien admettre que ce film est très français et que le jury est international. En tout cas, la sélection officielle commence fort et c’est tant mieux !

Gloups, je viens d’aller voir « Bacurau ». Qu’est-ce que j’avais aimé « Aquarius » ! Il faisait d’ailleurs partie de mes films préférés pour la Palme d’or en 2016. « Bacurau » est du même réalisateur, Kleber Mendonça Filho. Dommage, qu’est-ce que ce film m’a ennuyée. Si cette histoire de mafia de l’eau est intéressante, l’œuvre du réalisateur brésilien part rapidement en cacahuète avec des méchants qui sortent d’on ne sait où, et on ne sait pas ce qu’ils veulent exactement. Bref, une œuvre confuse que j’ai trouvée interminable. J’espère que tous les films « fleuves », soit plus de deux heures, qui sont programmés à partir de 22 heures, ne seront pas aussi ennuyeux.

Brigitte LEPAGE

C’est parti pour la 72è édition du Festival de Cannes et pour 11 jours intenses de compétition, de films, d’interviews, de rencontres, de folie !

Cette année est une année à marquer d’une pierre blanche. En effet, Cannes marque une nouvelle ère en changeant les heures de projection pour les films en compétition. Fini la sacro-sainte projection matinale (8h30) dans la grande salle Louis Lumière. Désormais, nous verrons les films à 16h30, 19 heures et 22 heures, soit en même temps que la Montée des Marches. Un changement d’horaire pour éviter que nous, la presse, ne transmette nos avis avant la projection officielle. Une forme de respect pour l’équipe du film qui, forcément, n’a pas trop envie de monter les marches après avoir appris que la presse n’a pas aimé l’œuvre en question. C’est compréhensible.

Aujourd’hui, c’est donc le premier jour et qui dis premier jour dis rencontre avec le jury. Cette année, c’est le réalisateur Alejandro Gonzalez Iñárritu qui endosse le costume de Président. Un Président hors norme aux réponses qui le sont tout autant. Il est vrai que bien souvent les questions sont les mêmes et les réponses tout aussi vides. A la question traditionnelle « quelle est votre vision du festival en tant que Président ? » Alejandro nous sort une réponse bien originale : « Je vois ce festival comme un grand dîner avec différents plats. C’est un buffet et le goût d’un plat va avoir une incidence sur le goût d’un autre plat et on n’aura pas beaucoup de temps entre les films pour se rincer la bouche pour ainsi dire. » On n’aurait pas pu espérer mieux comme réponse.

Espérons que le jury 2019 nous rendra un Palmarès à la hauteur du talent de son Président et de l’originalité de ses réponses.

En attendant, place au film d’ouverture « The dead don’t die » de Jim Jarmusch avec Selena Gomez et Billy Murray entre autres. Comme à l’accoutumée, Jim Jarmusch nous propose une œuvre originale qui à la fois nous divertit et nous fait réfléchir. Voilà un bon film d’ouverture pour lancer cette 73è édition.

Brigitte Lepage