Yes ! Bong Joon-ho et son « Parasite » est la première Palme d’or sud-coréenne ! Ouiiiii Antonio Banderas est auréolé du Prix d’interprétation masculine, un prix mérité mais qui, hélas, prive Almodovar d’une première palme d’or. J’imagine que le jury a dû trancher. En revanche, on croit rêver, les frères Dardenne pour « Le jeune Ahmed » qui décrochent le prix de la mise en scène…là, faudra que l’on m’explique ! Quant à Mati Diop et son Grand Prix pour « Atlantique » soyons honnête on ne l’attendait pas à cette table tout comme Emily Becaam prix d’interprétation féminine qui aurait dû aller à Noémie Merlant pour « Portrait de la jeune fille en feu » de Céline Sciamma. Mais le jury a préféré offrir au film le prix du scénario.

Au rayon des satisfactions, on ne se bouscule pas au portillon mise à part pour « Parasite » qui fait l’unanimité totale : presse et jury suffisamment rare que pour le souligner. Antonio Banderas mérite amplement son prix d’interprétation « cela me fait d’autant plus plaisir que c’est pour un film de Pedro Almodovar à qui je dois tout » a-t-il déclaré lors de la conférence de presse des lauréats. Le prix du jury attribué à Ladj Ly pour « Les Misérables » récompense à juste titre un jeune réalisateur qui comptera à l’avenir dans le cinéma français. Quant à son ex-aequo, « Bacurau » de Kleber Mendonça Filho & Juliano Dornelles, nous restons plus dubitatifs.

Copyright photos : Thibaut Demeyer

Avec une telle sélection, la 72è édition du Festival de Cannes a été une bonne édition même si le Palmarès ne correspond pas tout à fait à ce que j’avais espéré.

Maintenant, on attend le Palmarès officiel. Ayant vu tous les films de la compétition, je me lance pour vous communiquer ce que je considère comme étant le Palmarès idéal. Mais bon, je ne me fais pas d’illusion, comme chaque année, le jury nous prend à contre-pied en nous proposant un palmarès pas toujours très logique. Pas grave, allez, je me lance :

  • Palme d’or : « Parasite » de Bong Joon-ho
  • Grand Prix spécial du jury : « Douleur et Gloire » de Pedro Almodovar
  • Grand Prix du jury : « Le lac aux oies sauvages » de Diao Yinan
  • Prix d’interprétation féminine : Noémie Merlant pour « Portrait de la jeune fille en feu »
  • Prix d’interprétation masculine : Antonio Banderas pour « Douleur et Gloire »
  • Prix du scénario : « Une vie cachée » de Terence Malik
  • Prix de la mise en scène : « Les Misérables » de Ladj Ly

Je vous donne rendez-vous tout à l’heure pour le Palmarès officiel !

La 72è édition du Festival de Cannes se termine et pas n’importe comment ! Nous avons assisté à un grand jour dans l’histoire du Festival grâce à la rencontre avec Monsieur Sylvester Stallone qui présentera dès ce soir les premières minutes du 5è opus de Rambo.

Les organisateurs, conscients de l’importance de l’évènement, nous ont conviés dans la salle Claude Debussy histoire d’accueillir un maximum de journalistes pour assister à la rencontre modérée par Gilles Allouache.

Il est 14h30, la Star arrive par les portes arrière de la salle, un peu à la manière d’un boxeur qui se dirige vers le ring. Un tonnerre d’applaudissements l’accueille. Il semble touché par cette marque de sympathie de la part de la presse internationale. Au passage, il serre les mains tendues sans pour autant s’y attarder. Il monte sur scène, salue le public main sur le cœur tout en lançant un « waouw ». Je le confirme, il est touché et ému notre Sly.

Sly fait les cent pas sur la scène pour saluer tout le monde. Les flashs des photographes crépitent à tout va. Les cris des spectateurs s’entrechoquent. Il règne une ambiance d’enfer. C’est la première fois que Sylvester Stallone est mis à l’honneur de cette manière à Cannes. Les autres fois, il montait les Marches mais il n’y avait jamais eu de conférence de presse ou de rencontre avec les accrédités.

Le héros de « Rocky » et de « Rambo » est un homme humble qui n’oublie pas ses origines. Il me fait penser à Charles Bronson que nous avions rencontré début des années 90. Lors de la conférence de presse, il nous avait dit qu’il n’oubliait pas d’où il venait, qu’il était fils de mineur. Stallone c’est le même genre. Certes, on peut parfois se moquer des films dans lesquels il a joué mais n’oublions pas que « Rocky » et « Rambo » ont marqué l’histoire du cinéma.

D’ailleurs, à propos de « Rocky », il raconte « Sur le papier, Rocky était un échec garanti. Nous avons fait le film en 25 jours avec un petit budget. Son succès est dû à cette histoire d’un homme qui s’est battu pour arriver au sommet. Il échoue une fois, persévère et réussit la seconde fois. Rocky est un film optimiste. C’est symbolique. Beaucoup de gens peuvent s’identifier à ce personnage » et il ajoute « Je ne savais pas ce que je faisais. J’ai dû aussi apprendre la boxe. Tout le monde travaillait gratuitement ou presque. On se changeait dans les voitures. Le cameraman n’avait jamais fait de film. Tout devait être raté dans ce film. Il était voué à l’échec à cent pour cent. Il a fallu se battre pour le sortir car personne n’en voulait. De plus, personne ne voulait que je fasse ce film. Les producteurs avaient même pensé à Robert Redford ! Mais je me suis accroché. Résultat, « Rocky » a décroché l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur ! »

« L’étalon italien », comme certains l’ont nommé, ne cache rien. Il joue franc jeu dans ses confidences comme celles liées à son enfance et à ses débuts. « J’étais un simple voiturier. Mon physique n’était pas parfait, mon visage est en partie paralysé suite à un accident à la naissance. Quand j’essayais de décrocher des jobs, on ne comprenait pas ce que je racontais. Un jour Arnold Schwarzenegger m’a même dit que j’avais un accent. Moi ? Un accent ? » Rires dans la salle !

Même si Stallone a une belle carrière, il ne manque pas non plus de regrets. « J’aurais aimé jouer un avocat par exemple. Mais à chaque fois que je me suis éloigné de mon style, cela n’a pas vraiment marché. »

C’est marrant qu’il parle de ce rôle d’avocat parce que lorsqu’il était venu au Festival du Film américain de Deauville pour présenter la comédie « Mafia Love » en 2002, je lui avais demandé quel personnage il rêverait d’interpréter. Il m’avait alors répondu « un avocat, un grand avocat. »

Il est 16 heures, la rencontre se termine et je l’avoue à contre cœur. J’aurais aimé que ce moment ne finisse jamais. Quelle bonne idée que Thierry Frémaux a eue en l’invitant à cette master class.

Brigitte Lepage

Journée du cinéma luxembourgeois oblige, je n’ai pas pu assister à la projection du film de Pedro Almodovar « Douleur et Gloire ». Fort heureusement, nous avons la possibilité de rattraper les œuvres en compétition le samedi avant le Palmarès.  J’en profite donc pour aller voir « Douleur et Gloire » et Le Lac aux oies sauvages » de Diao Yinan.

Cela fait depuis longtemps que je n’ai plus apprécié autant un film de Pedro Almodovar. J’ai bien fait de faire l’effort de me lever. Aucun regret. Quant à Antonio Banderas, c’est lui qui devrait décrocher le prix d’interprétation. A moins que Pedro Almodovar ne décroche la « Palme d’or » pour son « Douleur et Gloire ». Ce n’est pas impossible, Almodovar n’a jamais obtenu la récompense suprême, même pas avec « Tout sur ma mère » ! Un moment, il était même fâché avec le Festival de Cannes. Cela ne l’a pas empêché d’être président du jury il y a deux ans et de remettre la Palme d’or à Ruben Östlund pour « The Square ». Mais même si j’ai beaucoup aimé « Douleur et gloire », je reste sur mes positions, attribuant ma Palme d’or à « Parasite ».

La séance d’Almodovar vient juste de se terminer. J’ai quelques minutes pour me rendre à celle du chinois Diao Yinan « Le Lac aux oies sauvages ». Au passage, je prends presque à la volée un café. Mais il est trop chaud, je ne pourrai jamais le boire entièrement avant d’entrer en salle. Ce n’est pas parce que le festival est presque terminé que nous avons le temps de nous rendre en projection. Bien au contraire. Les séances de rattrapage sont ouvertes à toutes et à tous, quelle que soit la couleur de la carte. Il n’y a plus véritablement de prioritaires même si les cartes blanches, roses pastilles et roses sont cantonnées en bas et que les autres doivent se rendre au balcon.

Il est 13 heures. La séance est terminée. Je suis bluffée par cette œuvre à la photographie époustouflante. Il s’agit d’un film noir digne des plus grands longs métrages du genre. Je viens de passer une matinée d’exception. Terminer le festival sur ces deux notes, on ne peut pas rêver mieux.

Brigitte Lepage

Aujourd’hui, nous allons avoir un gros morceau, à savoir la projection du dernier film de Abdellatif Kechiche « Mektoub, my love : Intermezzo ». Le film débute à 22 heures et dure 4 heures ! Si le film est bien, les 4 heures passeront rapidement comme cela avait été le cas à l’époque avec « La belle Noiseuse » de Jacques Rivette avec Emmanuelle Béart et Michel Piccoli. Quatre heures qui étaient passées plus rapidement qu’un film de Godard d’une heure trente ! Quoi qu’il en soit, beau ou pas beau, l’heure tardive sera bien présente.

En attendant, direction la salle Claude Debussy pour visionner « Le Traître » de Marco Bellocchio. Une histoire vraie, celle d’un repenti de la mafia nommé Buscetta qui a pris une décision qui va changer le cours de l’histoire en allant rencontrer le juge Falcone et ainsi trahir le serment de la Cosa Nostra. Nous voilà partis en salle obscure pour 2h25 ce qui nous laissera grosso modo une heure entre les deux séances. « Le Traître » m’a plutôt plu. J’aime les histoires vraies, toutefois, j’estime que « Le Traître » ne devrait pas se retrouver au palmarès. Marco Bellocchio a raté sa mise en scène du procès. Si le fond est intéressant, la forme ne l’est pas. C’est trop « plan-plan », elle manque de rythme et donc de suspens.

« Mektoub, my love » de Kechiche, malgré l’heure tardive (22 heures) et la longueur du film (3h40) attire la foule. Je précise quand même que l’on a annoncé une scène de cul assez crue et qui devrait durer pas moins de 15 minutes. Cela expliquant peut-être ceci.

La première scène est très jolie. Esthétiquement et cinématographiquement. Des jeunes sont à la plage. Ils font connaissance d’une jeune fille. Ils parlent de tout et de rien, de l’avenir, de leurs études, de leurs rêves, de leurs déceptions ; Il y a un peu de Rohmer dans cette scène. La seule chose gênante est la manière dont ils sont filmés. Comme à l’accoutumée, Kechiche filme au téléobjectif. Dès lors, les protagonistes ne savent pas ce qu’il filme exactement. En revanche, nous on le sait. Il filme principalement le derrière des filles ou des parties plus précises de l’anatomie féminine. Cette scène à la plage, me semble un peu longue. Je regarde ma montre. Elle fait exactement vingt minutes ! On passe alors de la plage à la boîte de nuit. J’ai comme l’impression que ces scènes seront toutes aussi longues. Je chronomètre la scène en boîte de nuit.

On y voit des jeunes filles qui se trémoussent sur de la musique techno. Tantôt elles sont aguichantes, tantôt elles ont du style. On a compris, les jeunes en vacances, c’est cela : plage, boîtes de nuit, drague.

Le temps paraît une fois encore long, très long. Je regarde autour de moi, certains ont déposé les armes et prennent de l’avance sur leur nuit. Par moment, j’entends, malgré la musique assourdissante comme si on était réellement en boîte de nuit, les sièges claquer. Cela fait 1h25 que nous regardons des jeunes danser sur cette musique qui agresse nos tympans. Le nouveau film de Kechiche est une véritable torture et sans aucun doute mon plus mauvais souvenir de cette édition. Il est plus de 2 heures du matin, ne m’en voulez pas chers lecteurs mais là, je n’en peux plus, Kechiche m’a tué, je vais me coucher.

Brigitte Lepage