Si nous devions attribuer une Palme d’or à la conférence de presse la plus hilarante, elle irait sans nul doute à celle de Nicolas Bedos venu présenter son second film, hors compétition, intitulé « La Belle époque ».

Drôle, pertinent, dense, atypique, bien écrit, très ambitieux et la liste pourrait ne pas s’arrêter là. Il l’a fait, de son rêve fou « amoureux » de tourner avec Fanny Ardant pour qui le film a été créé à la base, Nicolas Bedos nous livre, au travers d’un quatuor d’acteurs exceptionnels (Fanny Ardant, Daniel Auteuil, Dora Tillier, Guillaume Canet) un constat nostalgique d’une époque perdue sans passer par le pathos de l’apologie du « c’était mieux avant ». C’est aussi un peu une virée entre potes tant tout était simple à faire sur le tournage, « la partition était telle qu’il suffisait de siffler l’air » ; c’est facile de travailler sur un plateau avec des gens que l’on estime, de qui on admire le travail ; il y avait une grâce sur le tournage, y compris avec l’équipe technique, on n’a pas envie d’être désagréable  avec des gens intelligents que l’on estime.

Morceaux choisis de ces moments inoubliables :

On commence par Nicolas Bedos qui avoue être tombé amoureux de Fanny Ardant il y a déjà bien longtemps et qu’il était hors de question qu’il fasse son prochain film sans elle. « ll s’agit d’une femme exceptionnelle et pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, elle est très en dessous à l’écran de ce qu’elle est dans la vie. Je pense avoir fait ce film pour pouvoir la revoir et la côtoyer quotidiennement. »

Quant à Laura Tillier, « C’est un avocat qui m’a obligé à faire un film avec elle. » L’ambiance est lancée grâce à un Nicolas Bedos, qui n’a dormi que 2 heures, en pleine forme. Et lorsqu’il explique les raisons qui ont fait qu’il a choisi Daniel Auteuil, Nicolas Bedos ne manque pas de superlatifs puis déclare : « Nous avons regardé ce grand acteur travailler encore et encore avec toute son énergie, tout son intel… » et là, intervient Daniel Auteuil « Tu allais dire avec toute son intelligence puis tu t’es arrêté, il y a un truc qui t’a bloqué sur intelligent. Alors tu peux dire « Tout son instinct animal ». Salopard, va ! » Fou rire général. 

Daniel Auteuil n’est pas en reste non plus vis-à-vis de Fanny Ardant qui, de toute évidence, prend beaucoup de plaisir à se faire charrier.

« La dernière fois que j’ai joué avec Fanny, je lui caressais les fesses. C’était en 1980. Et je lui dis, Fanny, je suis extrêmement gêné. Je ne sais pas comment aborder cette scène. Et, elle me répond (Daniel imite la voix de Fanny Ardant) : Daniel, faites comme si vous brossiez un tapis. »

Daniel Auteuil semble également en grande forme, lui qui a pourtant cette réputation d’être un grand timide en interview. Une journaliste lui demande d’ailleurs comment il fait pour garder cet humour. Voici ce qu’il répond : « Sans trop se prendre au sérieux, une grande lucidité madame. Vous savez que la lucidité est la brûlure la plus rapprochée du soleil donc je suis conscient de la chance d’être vivant déjà et c’est énorme. »

Quant au film, à coup sûr, s’il avait été en compétition officielle, il aurait certainement décroché un prix car cette comédie dramatique est drôle, pertinente, originale et magistralement bien interprétée par l’ensemble des comédiens.

Brigitte LEPAGE