Depuis le début de cette année, s'il y a bien un film qui fait parler de lui, c'est « La forme de l'eau » de Guillermo Del Toro, Lion d'or au dernier festival de Venise. Ses nombreuses nominations aux Oscars (13 nominations) confirment l'engouement autour de ce conte pas nécessairement fantastique. Même s'il avait déjà réalisé « Cronos », « Blade 2 » et « Hellboy », quand on parle de Guillermo del Toro, notre premier réflexe est de penser à « Le Labyrinthe de Pan » qui avait fait la clôture du Festival de Cannes en 2006. Depuis, il a continué à émerveiller la planète cinéma avec ses œuvres souvent inspirées par son univers fantasmagorique, voire trash comme le prouve la série « The Strain » tirée de son roman éponyme.

Avec « La forme de l'eau », il plonge à nouveau dans l'univers des contes, et même sans détour, car qui n'a pas reconnu « La Belle et la bête » même si cette dernière restera une bête et ne se transformera pas en Prince charmant ? Mais « La forme de l'eau » c'est aussi un hymne à l'amour, à la tolérance, à l'acceptation des différences et au procès de l'humanité. N'est pas monstre celui que l'on appelle monstre. L'homme en est un, alors que le monstre démontre bien plus d'amour et d'humanité. Là, on part sur une réflexion philosophique qui en somme n'est pas nouvelle.
Modeste employée d'un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d'autant plus isolée qu'elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu'elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres, la présence d'un amphibien mal traité par Richard Strickland (alias Michael Shanon) le nouveau directeur du laboratoire qui a toute la confiance du général 5 étoiles officiant pour le Pentagone. Traité comme un animal, l'intérêt est de savoir un maximum de choses sur cette bête et ainsi espérer prendre de l'avance, d'un point de vue scientifique, sur les Russes. C'est que nous sommes en 1962 en pleine guerre froide. Mais cette « chose » a des sentiments, il a même la capacité de pouvoir communiquer. Elisa l'a compris et c'est pour cela qu'elle fera tout pour sauver l'amphibien des griffes de ce sans cœur qu'est Richard.
Appelons un chat, un chat. Même si « La forme de l'eau » véhicule des messages philosophique, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une simple histoire d'amour, improbable mais histoire d'amour quand même. En revanche, Guillermo Del Toro nous séduit par la fluidité des mouvements de caméra, sa précision du montage, son univers de couleurs nous rappelant les films de Jean-Pierre Jeunet comme « Amélie Poulain » ou même « Delicatessen ». On pense aussi à « E.T. » lorsque l'amphibien fait repousser les cheveux du colocataire d'Elisa ou lorsqu'il le guérit de ses blessures. La formidable musique signée Alexandre Desplat renforce cette séduction opérée par le réalisateur mexicain dès les premières images.
Il n'y a aucun doute, Guillermo Del Toro est un grand réalisateur mais ce n'est pas parce qu'on est le meilleur réalisateur que l'on a pour autant réalisé le meilleur film.