Copyright photo : Thibaut Demeyer

Je garde encore en mémoire les images du film d’Arnaud Desplechin « Roubaix, une lumière » ! Quelle mise en scène, quel jeu d’acteur et d’actrices, quel décor, quelle histoire. Voilà qu’il donne envie d’assister à sa conférence de presse, histoire d’en connaître un peu plus ce film et ses intentions.

Le réalisateur Arnaud Desplechin à travers ce film a eu la volonté de coller au réel suite à son film précédent « Les fantômes d’Ismaël » qui était une fiction. Il a tenu à tourner « Roubaix, une lumière » dans sa ville natale.

A noter que cette histoire est tirée de faits réels, que tout ce qui se trouve dans le film est réel à tel point que les policiers sont de vrais policiers, les habitants sont tous de Roubaix. Toutes ces personnes tournent autour des quatre acteurs.

La compassion absolue du commissaire Daout, interprété par Roschdy Zem, représente ce qu’est Roubaix, le lien entre les gens, la bonté, il n’est jamais dans le jugement. Chaque personnage a son histoire, c’est pour cela qu’il s’agit d’une œuvre romanesque.

 

Ce film est un film de regards, conçu à l’image d’un entonnoir : on commence par « Roubaix ville lumière » puis on continue vers une ruelle pour se terminer sur une porte et deux jeunes filles.

Roubaix, une nuit de Noël. Le commissaire Daoud sillonne la ville qui l'a vu grandir. La routine : des voitures brûlées et des altercations. Au commissariat, vient d'arriver Louis Coterelle, fraîchement diplômé. Daoud et Louis vont faire face au meurtre d'une vieille dame. Deux jeunes femmes sont interrogées, Claude et Marie. Des voisines démunies, toxicomanes, alcooliques et amantes.

 

 

 

Presque 25 ans déjà pour la Palme d’or « Pulp fiction » ; rien ou presque n’a changé, sauf le récent mariage de Quentin il y a 6 mois, juste à temps pour faire le point sur le temps qui passe et donner sa vision sur un cinéma qui a bien changé.

Aux travers de ses personnages, Quentin s’interroge sur le métier d’acteurs, sur la manière d’obtenir un rôle de plus, sur les dérives du monde en présentant différemment des faits qui se sont réellement passés, revisités par un réalisateur que peu de personnes dans le monde peut se targuer d’avoir une connaissance cinématographique aussi large et d’en jouer pour créer une histoire d’amour du cinéma, un peu comparable à la lecture d’un catalogue. Mais parfois, les pages ne sont pas toujours bonnes à lire et le roman vire à un mauvais cauchemar.

J’ai encore dans la tête les images du splendide « Parasite » de Bong Joon-ho qui donne sa conférence de presse ce matin. Ce film est un sérieux candidat à la Palme d’or, du moins à mon avis. Il avait déjà marqué les esprits avec « Okja » mais n’avait pas pu obtenir de prix, certainement à cause du fait qu’il s’agissait d’une production Netflix. Bien entendu, officiellement cela n’a rien à voir mais officieusement, cela ne m’étonnerait pas. D’un autre côté, je ne vais pas non plus affirmer que « Parasite » qui fait l’unanimité au sein de la presse, montera sur la plus haute marche du podium, il suffit de se rappeler « Toni Ederman » que tout le monde plébiscitait... sauf le jury. 

Pour l’heure, nous attendons la conférence de presse de Quentin Tarantino pour « Once Upon a Time... in Hollywood » avec Brad Pitt et Leonardo di Caprio avec à l’appui quelques précisions, peut-être.

Copyright photo Thibaut Demeyer

Quentin Tarantino a l’air de mauvaise humeur. Il parle moins que d’habitude, on rigole moins aussi. Cette conférence n’est pas la meilleure à laquelle j’ai assistée. Les questions sont fades, classiques, sans véritable intérêt ni révélation. On y croit à peine lorsqu’ils se flattent l’un l’autre, lorsqu’ils racontent à quel point ils se sont super bien entendus sur le tournage. Tout cela sonne faux.

Brigitte LEPAGE

Si nous devions attribuer une Palme d’or à la conférence de presse la plus hilarante, elle irait sans nul doute à celle de Nicolas Bedos venu présenter son second film, hors compétition, intitulé « La Belle époque ».

Drôle, pertinent, dense, atypique, bien écrit, très ambitieux et la liste pourrait ne pas s’arrêter là. Il l’a fait, de son rêve fou « amoureux » de tourner avec Fanny Ardant pour qui le film a été créé à la base, Nicolas Bedos nous livre, au travers d’un quatuor d’acteurs exceptionnels (Fanny Ardant, Daniel Auteuil, Dora Tillier, Guillaume Canet) un constat nostalgique d’une époque perdue sans passer par le pathos de l’apologie du « c’était mieux avant ». C’est aussi un peu une virée entre potes tant tout était simple à faire sur le tournage, « la partition était telle qu’il suffisait de siffler l’air » ; c’est facile de travailler sur un plateau avec des gens que l’on estime, de qui on admire le travail ; il y avait une grâce sur le tournage, y compris avec l’équipe technique, on n’a pas envie d’être désagréable  avec des gens intelligents que l’on estime.

Morceaux choisis de ces moments inoubliables :

On commence par Nicolas Bedos qui avoue être tombé amoureux de Fanny Ardant il y a déjà bien longtemps et qu’il était hors de question qu’il fasse son prochain film sans elle. « ll s’agit d’une femme exceptionnelle et pour celles et ceux qui ne la connaissent pas, elle est très en dessous à l’écran de ce qu’elle est dans la vie. Je pense avoir fait ce film pour pouvoir la revoir et la côtoyer quotidiennement. »

Quant à Laura Tillier, « C’est un avocat qui m’a obligé à faire un film avec elle. » L’ambiance est lancée grâce à un Nicolas Bedos, qui n’a dormi que 2 heures, en pleine forme. Et lorsqu’il explique les raisons qui ont fait qu’il a choisi Daniel Auteuil, Nicolas Bedos ne manque pas de superlatifs puis déclare : « Nous avons regardé ce grand acteur travailler encore et encore avec toute son énergie, tout son intel… » et là, intervient Daniel Auteuil « Tu allais dire avec toute son intelligence puis tu t’es arrêté, il y a un truc qui t’a bloqué sur intelligent. Alors tu peux dire « Tout son instinct animal ». Salopard, va ! » Fou rire général. 

Daniel Auteuil n’est pas en reste non plus vis-à-vis de Fanny Ardant qui, de toute évidence, prend beaucoup de plaisir à se faire charrier.

« La dernière fois que j’ai joué avec Fanny, je lui caressais les fesses. C’était en 1980. Et je lui dis, Fanny, je suis extrêmement gêné. Je ne sais pas comment aborder cette scène. Et, elle me répond (Daniel imite la voix de Fanny Ardant) : Daniel, faites comme si vous brossiez un tapis. »

Daniel Auteuil semble également en grande forme, lui qui a pourtant cette réputation d’être un grand timide en interview. Une journaliste lui demande d’ailleurs comment il fait pour garder cet humour. Voici ce qu’il répond : « Sans trop se prendre au sérieux, une grande lucidité madame. Vous savez que la lucidité est la brûlure la plus rapprochée du soleil donc je suis conscient de la chance d’être vivant déjà et c’est énorme. »

Quant au film, à coup sûr, s’il avait été en compétition officielle, il aurait certainement décroché un prix car cette comédie dramatique est drôle, pertinente, originale et magistralement bien interprétée par l’ensemble des comédiens.

Brigitte LEPAGE

Copyright photo : Thibaut Demeyer

Arrivé à Cannes en 1992 avec “Reservoir Dogs”, Quentin Tarantino devait se battre chaque jour pour entrer en projection. Il le fera même physiquement le soir où était projeté à « La Semaine de la Critique » « C’est arrivé près de chez vous » de et avec Benoît Poelvoorde. Une anecdote racontée par Quentin lui-même.

Deux ans plus tard, dans la cohue et sous les coups de sifflets, il décroche la Palme d’or pour « Pulp Fiction » aujourd’hui devenu culte et même adoré par celles et ceux qui avaient sifflé le choix du jury emmené par Clint Eastwood. Anecdote que j’ai vécue personnellement.

Entre-temps, Cannes et Quentin, c’est une belle histoire d’amour, avec quelques beaux et grands moments de projections. Je pense notamment à « Kill Bill I et II » mais aussi à « Inglourious Basterds ». Toutefois, il ne faut pas oublier une chose, Quentin Tarantino est un réalisateur... pas un dieu ! Il a donc droit à l’erreur. Ce que d’aucun comprend car non, ce n’est pas parce que c’est un Tarantino que c’est obligatoirement bon. La preuve : « Once Upon a Time… in Hollywood ».

Je suis peut-être fou d’oser dire que la dernière œuvre de Tarantino n’est qu’une œuvre et pas un chef d’œuvre. Tant pis, j’assume. J’assume au même titre qu’en 1994, j’avais dit que « Pulp Fiction » était un bijou ; on m’avait traité de fou.

Honnêtement, vous qui me lisez en ce moment, connaissiez-vous le réalisateur Sergio Corbucci ? Si tel est le cas, alors allez voir le film, vous serez nettement moins perdu que le public de moins de 40 ans qui n’a aucune référence cinématographique. Car c’est là que le bât blesse dans « Once Upon a Time... in Hollywood », le film est truffé de références cinématographiques comme si Quentin voulait étaler sa culture. Or, à l’issue de la projection, j’ai demandé à mes confrères s’ils avaient repéré l’hommage rendu à Clint Eastwood. La plupart n’avaient rien vu. Le second point, c’est qu’il ne s’y passe rien ou presque rien. Et trois heures dans ces conditions, c’est trop long. Si le début nous fait croire que l’on va passer, une fois encore, un excellent moment, on déchante très rapidement.

Le film démarrait pourtant bien. Filmés en noir et blanc et format 4 : 3 Rick Dalton et Cliff Booth répondaient à une interview télévisée. L’ambiance de l’époque était bien rendue. Puis, il y a cette scène dans un restaurant entre Léonardo DiCaprio et Al Pacino. Egalement excellente. Soudainement, le film change de rythme et de ton. Les cadrages ne sont plus les mêmes, le montage est moins incisif, moins percutant. On commence alors à s’ennuyer, surtout à partir du moment où Léonardo DiCaprio joue les « méchants » pour un film de série B. La scène se veut marrante avec cette gamine d’à peine huit ans qui semble en remontrer au « célèbre » Rick Dalton en pleine interrogation sur sa vie et sa carrière. Mais la sauce ne prend pas et notre ennui repart de plus belle.

Au début de l'année 1969, la star des feuilletons télévisés Rick Dalton (Leonardo DiCaprio) connait la gloire avec « Chasseur de primes » et Cliff Booth (Brad Pitt), sa doublure de longue date et son très fidèle ami, tentent de poursuivre leurs carrières défaillantes au sein d'une industrie qu'ils ne reconnaissent plus. Mais cela ne les empêche pas de continuer à faire la fête en compagnie de starlettes, de cocktails en tous genres, y compris à base de substances illicites. C’est aussi à cette époque que Rick Dalton va apprendre qu’un jeune réalisateur, déjà reconnu grâce à son film « Rosemary’s baby », vient s’installer dans la villa d’à côté en compagnie de son épouse Sharon Tate enceinte et dont l’accouchement est prévu en été. Cette information qui paraît anecdotique, n’en est rien en définitive. Bien au contraire car Quentin Tarantino aime réinventer l’histoire qu’elle soit avec un grand « H » comme dans « Inglourious Basterds » ou qu’elle vienne d’Hollywood.

C’est dommage que le 10è film de ce réalisateur, qui marque toutefois l’histoire du cinéma, ne soit pas à la hauteur de nos espérances. On aurait tant voulu assister à un évènement majeur et crier au génie avec sincérité.

Thibaut Demeyer

Copyright photo : Thibaut Demeyer - Légende photo : Donato Rotunno et Elise André

Donato Rotunno, le film « Viendra le feu » vient de se terminer sous une standing ovation. Comment vous sentez-vous ?

Je suis tremblant d’émotion. Le voir dans ces conditions, le partager avec autant de monde dans des conditions extraordinaires de visionnage, cela rend la chose encore plus magique et unique. Nous sommes très fiers de partager ce moment avec Oliver.

Comment êtes-vous arrivé sur cette coproduction ?

J’avais vu « Mimosas, la voie de l’Atlas», son film précédent qui pour moi est une vrai baffe, un vrai choc émotionnel. Il y avait quelque chose de poétique et en même temps complètement décalé par rapport au cinéma qu’on nous vend tous les jours. Du coup, on se dit que si on a l’occasion de pouvoir un jour travailler avec ce genre de réalisateur, qui a cette écriture-là, on ne ratera pas l’occasion. C’était il y a deux ou trois ans déjà. Et puis, l’occasion s’est présentée à nous grâce au « ciné-world », nouvel outil de financement au Luxembourg. Maintenant, on se retrouve ici à Cannes dans la salle où j’ai commencé en 2002.

Qu’est-ce qui a été tourné à Luxembourg ?

Rien n’a été tourné à Luxembourg car le réalisateur a tenu à tourner uniquement en Galice dans des lieux très précis, comme dans la maison de quelqu’un qu’il connait, ainsi que filmer le cœur de la Galice. En revanche, nous avons fait énormément de post-production bruitage et son.

Le film est sélectionné à « Un Certain Regard » qui est aussi une section compétitive. Ressentez-vous une quelconque pression sur vos épaules ?

Il n’y a aucune pression. Il y a beaucoup de bonheur. Le fait d’être déjà là, c’est déjà gagner un prix pour nous. Après on verra. Mais la pression repose plus sur les épaules d’Oliver et sa carrière. Il a débuté à la « Semaine de la Critique » puis il est passé à « La Quinzaine des Réalisateurs » (Ndlr : il s’agit de sélections parallèles qui sont indépendantes du Festival de Cannes) puis aujourd’hui, le voilà à « Un Certain Regard ». Et, qui sait, son prochain sera peut-être en compétition officielle ? Non, la pression, c’est lui qui l’a. Nous, nous sommes seulement franchement heureux !

Brigitte Lepage